Aldo Maccione ha ormai 90 anni, non potete immaginare come viva la sua vecchiaia. – News

Il a fait rire des générations entières. Sa démarche chaloupée, mi-coq mi-clown, traversait l’écran comme une signature vivante. Dans les années 70 et 80, impossible d’évoquer la comédie italienne et française sans penser à lui. Et pourtant, aujourd’hui, à 90 ans, Aldo Maccione vit loin des projecteurs, dans un appartement discret de Lyon, entouré de souvenirs, de silences… et de quelques regrets qui ne l’ont jamais quitté.
De Turin à la gloire européenne
Né le 27 novembre 1935 à Turin, Aldo Maccione a traversé près d’un siècle d’histoire du spectacle. Il débute dans le groupe musical comique Les Brutos, formation fantasque qui conquiert rapidement la France. C’est là que naît son personnage : accent italo-français savamment appuyé, gestuelle exagérée, regard espiègle. Un pont vivant entre deux cultures.
Le cinéma l’accueille ensuite à bras ouverts. Il enchaîne les succès populaires comme “Sexy… mais honnête”, “Le Tango de la jalousie”, et partage l’affiche avec Jean-Paul Belmondo dans L’Animal. Il devient l’un des visages les plus reconnaissables de la comédie européenne. On rit avant même qu’il parle. Son corps suffit.
Mais la gloire est une lumière vive. Et toute lumière finit par s’éteindre.
Une vieillesse dans l’ombre
Aujourd’hui, l’homme qui remplissait les salles vit dans un calme presque monacal. Un petit appartement, des meubles des années 80, des affiches jaunies aux murs. Sur la table, une photo des Brutos. Dans la cuisine, une cafetière moka toujours prête. Les chansons de Domenico Modugno ou Adriano Celentano tournent parfois en fond sonore.
Depuis une grave chute en 2019, sa mobilité est réduite. Il dépend d’une aide-soignante italienne, Carla, qui l’accompagne au quotidien. Elle raconte qu’il se réveille parfois la nuit, parlant à voix haute aux fantômes de son passé. Belmondo. Les Brutos. Sa mère. Le public.
Ce n’est pas la folie. C’est la nostalgie.
Il regarde souvent ses anciens films. Rit parfois. Pleure aussi. « Les larmes ne sont pas seulement de tristesse », confie Carla. « Elles sont aussi la conscience d’avoir été oublié. »
Car oui, Aldo le sait. Les nouvelles générations ignorent son nom. Les chaînes rediffusent rarement ses films. Les hommages se font discrets. Comme s’il appartenait à une autre époque, rangé dans le tiroir poussiéreux des souvenirs.
Une famille brisée
Mais la solitude d’Aldo ne s’explique pas seulement par le temps qui passe. Elle porte aussi le poids d’une fracture familiale profonde.
Marié jeune à Françoise, rencontrée à Marseille dans les années 60, il devient père de deux enfants, Michelle et Daniel. À l’époque, la carrière explose. Les tournages s’enchaînent. Les absences s’accumulent.
« Nous le voyions plus à la télévision qu’à la maison », aurait confié son fils des années plus tard. Le divorce survient dans les années 80. Les enfants restent avec leur mère. Les contacts se raréfient.
En 2005, Aldo reconnaît publiquement ses erreurs : « Je n’étais pas un bon père. Je voulais leur offrir le meilleur, mais je n’ai pas su leur donner mon temps. »
Aujourd’hui, cela fait plus de dix ans qu’il n’a plus de contact avec eux. Il a appris la naissance de son petit-fils par hasard, par un ancien collègue. Une blessure silencieuse, jamais refermée.
Pourtant, il ne nourrit aucun ressentiment. « J’ai vécu comme une star. Maintenant, je vis comme un homme », répète-t-il avec une lucidité désarmante.
La lettre jamais envoyée
Dans sa table de chevet repose une enveloppe jaunie. Un seul prénom inscrit dessus : Isabel.
Isabel était costumière sur un tournage dans les années 70. Marié à l’époque, Aldo entame avec elle une relation secrète, intense, faite de regards et de silences. Elle était, selon ses propres mots, « l’amour de sa vie ».
Mais il n’a jamais quitté sa femme pour elle. Isabel est partie. S’est mariée ailleurs. A fondé une famille. Aldo, lui, est resté avec une lettre écrite trop tard.
« J’aurais voulu t’emmener partout avec moi. Mais j’ai eu peur », y aurait-il écrit.
Il ne l’a jamais envoyée. Par fierté. Par lâcheté. Ou parce qu’il savait que certaines histoires n’ont pas de seconde scène.
L’oubli du cinéma

Malgré son statut de pionnier de la comédie italienne à l’étranger, aucun grand hommage officiel ne lui a été rendu. Pas de cérémonie, pas de rétrospective majeure. L’industrie semble l’avoir laissé derrière elle.
« C’est comme si je n’avais jamais existé », murmure-t-il parfois.
Et pourtant, son empreinte demeure. Son style corporel, son humour basé sur l’absurde et la posture ont marqué trois générations. Il a su faire rire sans vulgarité, sans cynisme, avec une théâtralité assumée.
Le dernier acte
Le quotidien d’Aldo est désormais rythmé par de petits rituels. Chaque samedi, il revoit un de ses films. Il commente ses propres blagues. Parfois, il croit voir d’anciens amis encore vivants. La mémoire vacille, mais l’esprit reste vif.
Il lit les journaux. S’intéresse au monde. Regrette que « l’on confonde aujourd’hui humour et méchanceté ». Il observe la télévision moderne avec distance, sans aigreur.
Il sait que sa vie ressemble à un vieux vinyle. Peu écouté. Mais encore capable d’offrir une belle musique à qui prend le temps de tendre l’oreille.
À 90 ans, Aldo Maccione n’est plus la silhouette exubérante qui traversait les plateaux. Son corps s’est voûté. Sa voix tremble parfois. Mais une flamme subsiste.
Quand Carla lui demande de refaire sa fameuse démarche, il se redresse sur sa chaise, gonfle le torse, avance d’un pas théâtral. Et éclate de rire, seul, comme s’il était encore sur scène.
Dans un monde qui oublie vite, son héritage n’est ni une statue ni une médaille. Ce sont des éclats de rire semés dans le cœur de millions de spectateurs.
Et peut-être est-ce cela, la véritable immortalité.